Les dix plus gros mensonges des capitaux-risqueurs…

24 avril 2007 par gestiondeprojet.com Laisser une réponse »

Capital risqueLes spécialistes du capital risque sont des gens simples. Soit nous nous décidons à investir en nous convainquant que notre instinct est le bon (autrement dit, dans le jargon : “due diligence”) ou il n’y a aucune chance. Bien que nous soyons simples, nous ne sommes pas forcément disponibles, donc si vous pensez qu’il est difficile d’obtenir un « Oui » de la part d’un spécialiste du capital risque, vous devriez essayer d’obtenir un « Non » définitif.

Il n’y a aucun intérêt à communiquer une décision négative. Les entrepreneurs vont simplement nous haïr un peu plus tôt – au lieu de cela le jeu consiste à les bercer de fausses espérances au cas où un miracle se produirait qui leur donnerait meilleure allure. Un exemple de miracle serait qu’ils décrochent une commande de 5 millions de $ de la part de Boeing.
Hélas, les entrepreneurs sont aussi des gens simples : s’ils n’entendent pas un « non » concluant, ils considèrent que la réponse est oui. Ceci est un exemple de mauvaise communication entre les spécialistes de capital risque et les entrepreneurs qui cause le plus de souffrance et de frustration parmi les créateurs d’entreprises. Afin de privilégier une meilleure compréhension entre les deux groupes voici un exposé des 10 plus gros mensonges de la part des spécialistes de capital risque.

1.
« J’ai apprécié votre entreprise mais mes associés ne sont pas du même avis. » En d’autres mots, ‘non’. Ce que le sponsor essaye de faire croire à l’entrepreneur c’est qu’il est de son côté, qu’il est le type bien, l’intelligent du groupe, celui qui a compris. Les « autres » n’ont pas compris mais il ne faut pas lui en vouloir à lui. C’est une excuse, c’est du bidon. Ce n’est pas tant que les autres partenaires n’aient pas été emballés par le projet, c’est plutôt que le sponsor n’y croyait pas vraiment. S’il y croyait vraiment il aurait fait aboutir le projet.

2.
« Si vous trouvez un contact, nous suivrons ». En d’autres mots : ‘non’. Comme le dit le vieux proverbe japonais : ‘si ma tante en avait, ce serait mon oncle’. Et bien, elle n’en n’a pas et le problème est réglé. Le spécialiste en capital risque dit, ‘nous n’y croyons pas vraiment, mais si vous pouvez faire rentrer le fond d’investissement Sequoia, nous suivrons. En d’autres termes, une fois que l’entrepreneur n’a plus besoin d’argent, le spécialiste en capital risque se fera un plaisir de lui en donner plus. C’est comme dire, une fois que vous aurez neutralisé Larry Csonda, on vous aidera à le garder par terre.
Ce que l’entrepreneur veut entendre c’est : ‘si vous ne pouvez pas trouver de contact, on vous en trouvera’. Il y croit.

3.
« Montrez-nous que vous allez de l’avant et nous investirons » En d’autres termes, ‘non’.
Ce mensonge se traduit par : « Je ne crois pas à votre projet, mais si vous pouvez me démontrer que vous en obtenez un revenu significatif alors, vous serez peut-être en mesure de me convaincre. Mais pour le moment je ne veux pas vous dire non car je peux me tromper et si par miracle vous signez un contrat avec un client du CAC40 ma réputation est foutue.

4.
« Nous aimons investir avec d’autres spécialistes du capital risque » Aussi vrai que le soleil se lève tout les matins et que les Canadiens jouent au hockey, vous pouvez avoir foi en la cupidité des spécialistes en capital risque. Dans ce métier la cupidité se traduit par : « Si c’est une bonne affaire, je veux tout. » Ce qu’un entrepreneur veut entendre c’est : « nous prenons la totalité de votre levée de fonds, il n’est pas question de laisser rentrer un autre investisseur ». Alors c’est le travail de l’entrepreneur de les convaincre que d’autres investisseurs permettront de faire grossir le gateau plutôt que d’en diluer les parts.

5.
« Nous investissons dans votre équipe ». Ceci est une déclaration incomplète. S’il est vrai qu’ils investissent dans l’équipe, l’entrepreneur comprend, « nous n’allons pas vous virer – Pourquoi vous virer si c’est vous qui nous avez fait investir ? » Ce n’est pas du tout ce que le spécialiste en capital risque est en train de dire. Ce qu’il dit, c’est : « Nous misons sur votre équipe tant que les choses vont bien, mais dès que ça ira mal nous vous virerons parce que personne n’est indispensable ».

6.
« J’ai beaucoup de bande-passante à consacrer à votre projet. » Sans doute le spécialiste de capital risque parle t-il de sa ligne haut débit mais il n’est certainement pas en train de parler de son emploi du temps personnel dans la mesure où il fait déjà parti de dix conseils d’administration. En comptant les assemblées générales, un entrepreneur doit considérer qu’un spécialiste en capital risque pourra consacrer entre 5 et 10 heures par mois à un projet. C’est comme ça. Débrouillez-vous avec. Et faites en sorte que les réunions ne s’éternisent pas !

7.
Ceci est un vanilla term sheet». Cela n’existe pas. Pensez vous vraiment que les avocats financiers d’entreprise sont payés 400 $ de l’heure pour sortir des bilans à la vanille ? Si les entrepreneurs insistent pour utiliser des parfums de glace pour décrire leur bilan, le seul parfum que cela doit évoquer et celui du chemin caillouteux. C’est pourquoi ils ont besoin eux mêmes de leurs propres avocat à 400 $ de l’heure plutôt que l’oncle Joe spécialisé dans les divorces.

8.
« Nous pouvons vous ouvrir des portes chez nos clients ». Ceci est un double mensonge. Tout d’abord, un spécialiste en capital risque ne peut pas toujours ouvrir des portes chez des entreprises clientes. Franchement, l’entreprise cliente le déteste probablement. Une recommandation de sa part est peut-être la pire des choses au monde. Deuxièmement, même si le spécialiste en capital risque peut ouvrir une porte, vous ne pouvez pas sérieusement vous attendre à ce que cette dernière s’engage envers vos produits – c’est à dire, quelque chose qui n’est rien de plus qu’une présentation Powerpoint bidon à la 10/20/30.

9.
Nous aimons investir dans les toutes premières phases d’un projet. Les spécialistes de capital risque fantasment sur un investissement de un ou deux millions qui aboutirait à détenir 33% du prochain Google. C’est ça l’investissement en amont. Savez-vous pourquoi nous connaissons tous les fabuleux retours sur investissement de Google ? Pour la même raison que nous connaissons tous Michael Jordan : Google et Michael Jordan n’arrivent pas tout les jours. Si c’était si fréquent personne n’écrirait autant sur eux. Si vous grattez un peu sous le vernis, vous vous rendrez compte que les spécialistes de capital risque veulent investir dans des équipes éprouvées (par exemple les fondateurs de Cisco) avec des technologies éprouvées (par exemple récompensée par un prix Nobel) sur un marché éprouvé (par exemple : le e-commerce). Si l’on considère que ce n’est même pas notre argent, notre aversion au risque est remarquable.

10.
J’écris ce blog du Starbuck d’Hawaii. J’y suis depuis 90 minutes. Je n’ai pas mon chargeur avec moi. Mon Powerbook est en panne sêche. Vous devrez vous contenter des neufs premiers mensonges des spécialistes de capital risque en attendant que « Dieu le père » livre le Powerbook Vaio.

Guy Kawasaki, janvier 2006
http://blog.guykawasaki.com/2006/01/the_top_ten_lie.html

Traduction Pascal B. et relecture par Fabienne Poirier Herrington, American Atlas

Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur

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